Un fonds early-stage voit en moyenne mille entreprises par an. Il en finance trois à cinq. Moins de 10% des startups africaines qui réussissent une levée en seed atteignent la Série A, et le délai médian entre les deux étapes est passé de 18 à 29 mois en un an.
C’est sur ces chiffres que Gbenga Agoye, Investment Manager chez CcHUB (Co-creation Hub), a ouvert la session Investment Readiness organisée à Djanta Tech Hub pour l’écosystème togolais. Son message : le non d’un investisseur n’est pas un jugement sur le fondateur, c’est l’état par défaut du système. Ce qui change l’issue, c’est la préparation.
Le Togo n’est pas l’obstacle, s’arrêter à sa frontière l’est
L’objection qu’un investisseur formule rarement à voix haute n’est pas « vous êtes au Togo ». C’est « ceci ne peut pas devenir assez grand ». Deux problèmes distincts, a insisté Gbenga Agoye : seul le second relève vraiment du fondateur.
Une startup incorporée à Lomé peut s’appuyer sur le droit OHADA, qui couvre 17 pays et évite de reconstruire sa structure juridique à chaque nouveau marché, sur la monnaie unique de la zone UEMOA, qui supprime le risque de change sur les revenus régionaux, et sur un positionnement bilingue français-anglais qui ouvre aussi bien Abidjan qu’Accra. Gozem, partie de Lomé, opère aujourd’hui dans quatre pays.
Le terrain a aussi bougé localement. Gozem a bouclé une série B de 30 millions de dollars en février 2025. Djanta Tech Hub a ouvert un campus bilingue de 3 000 m² à Lomé, avec incubateur, académie de code, fab lab et programme dédié aux femmes fondatrices. Le fonds « Start » commence à distribuer les premiers financements d’amorçage, entre 5 000 et 10 000 euros, à une trentaine d’entrepreneurs.
Sept piliers, notés de 0 à 3
Chaque participant a évalué sa propre startup sur sept dimensions : le légal (incorporation, pacte d’associés avec vesting, propriété intellectuelle cédée à la société), le financier (comptes sur 12 à 24 mois, runway connu à l’instant près), le produit (utilisé par de vrais clients, pas seulement testé), le marché (dimensionné en partant des clients réels, pas d’un pourcentage théorique d’un marché continental), l’équipe (compétences critiques internalisées), la gouvernance (décisions écrites, fiscalité à jour) et la documentation (une data room prête avant même le premier rendez-vous investisseur, tout document trouvable en moins de 48 heures).
Le score va jusqu’à 21. En dessous de 14, la conclusion de la session est directe : ce n’est pas encore le moment de pitcher, et chaque semaine passée à démarcher des investisseurs avant d’y arriver ne sert à rien.
Tout l’argent ne se ressemble pas
Une subvention n’attend pas la même chose qu’un fonds de capital-risque. La session a distingué les sources selon le stade de la startup : subventions et concours (5 000 à 50 000 dollars, non dilutifs, à privilégier avant tout revenu), investisseurs providentiels, accélérateurs, capital-risque en amorçage puis en série A, dette d’exploitation, financement basé sur le revenu. Un tableau des fonds actifs en Afrique francophone a circulé parmi les participants, avec plusieurs noms déjà présents en zone UEMOA ou ouverts au Togo.
Le conseil qui revient le plus souvent dans ce type de session, et qui vaut particulièrement pour un petit marché comme le Togo : cibler vingt à quarante investisseurs pertinents par stade, géographie et secteur, plutôt que d’envoyer deux cents e-mails froids.
La suite, dans les 90 jours
La session s’est terminée sur un calendrier concret plutôt que sur des vœux pieux : noter honnêtement ses sept piliers et identifier les deux plus faibles dans les deux premières semaines ; régler dans la foulée ce qui coûte le moins cher à corriger — pacte d’associés, cession de propriété intellectuelle, compte bancaire dédié ; construire dans le mois qui suit une preuve de traction appuyée sur des chiffres plutôt que des adjectifs ; puis, seulement à ce moment-là, commencer à ouvrir des relations avec les investisseurs — en démarrant par une mise à jour mensuelle sans aucune demande de financement.
TogoTech remercie Djanta Tech Hub et CcHUB pour cette collaboration, ainsi que les entrepreneurs présents. La prochaine étape pour l’écosystème : transformer ce cadre en pratique courante, startup par startup, jusqu’à la prochaine Commons TogoTech.
Session animée par Gbenga Agoye, Investment Manager, Co-creation Hub (CcHUB), à Djanta Tech Hub, Lomé.
